#7 Les non-mixités

Sommaire

CIS, TRANS, QU’EST-CE QU’UNE FEMME?
Irène Kaufer

TRISTE DARKROOM
Arno Klek

LA NON-MIXITÉ AU SEIN DE LA FAMILLE: QUAND LES BARRIÈRES SONT CULTURELLES ET GENRÉES
Témoignage d’Aïcha

DU MÉLANGE DES GENRES... A L’OBJET DU MÉLANGE
Anaïs Carton Alexandre Ansay et Beatriz Camargo pour le CBAI

NON MIXITÉ, FÉMINISME ET ÉDUCATION
Entretien avec Nadine Plateau

NON-MIXITÉ BLANCHE : NÉO-LIBÉRALISME ET NÉO-COLONIALISME À L’AFRICA MUSEUM
Entretien avec Toma Luntumbue

BREF DIALOGUE SUR LES ENJEUX COLONIAUX AU CANADA. ENTRETIEN AVEC AURÉLIE GILL-COUTURE
Thomas Savy

QUAND LES ENFANTS S’EN MÊLENT

Edito

Cette année, l’atelier couture de la filière confection manuelle et textile, est – malgré l’ouverture des inscriptions aux hommes – exclusivement fréquenté par des femmes. Après les avoir consultées, il en ressort que la majorité d’ entre elles apprécient l’absence de la gent masculine. Les arguments sont multiples, allant du sentiment d’ être plus à l’aise entre femmes jusqu’ à celui d’ être exemptée d’hommes qui tendraient à prendre une position dominante dans le groupe.

Ce constat n’ est pourtant pas partagé par chacune et nous amène à consacrer ce numéro aux bienfaits et aux limites de la non-mixité, concept généralement mobilisé pour parler d’activités organisées par et pour des groupes minorisés, c’est-à-dire des groupes qui sont généralement exclus des sphères du pouvoir. Les groupes minorisés comprennent les femmes (cf. plafond de verre, différence de salaire), les étranger.e.s (ayant moins de droits que les nationaux), les racisé.e.s (personne qui quelque soit sa nationalité est considérée comme issue d’une race ou d’une ethnie différente), les LesbiennesGaysBisexuelsTransQueer (personne dont la sexualité ne se plie pas à la norme dominante)… Ces groupes sont des minorités, à part les femmes qui, bien que non minoritaires, ont un accès réduit au pouvoir. C’est pourquoi pour parler de tou.te.s ces exclu.e.s du pouvoir, le terme « minorisé » est utilisé. Le terme de « non-mixité », est quant à lui utilisé lorsque ces groupes font des activités excluant ceux et celles qui ne partageraient pas une identité revendiquée par le groupe. On parle alors de non-mixité choisie contrairement à la non-mixité subie qui exclut les groupes minorisés.

Dans ce numéro de La Mauvaise Herbe, la non-mixité sera approchée de différentes manières. Nous ouvrons ce dossier avec un article d’Irène Kaufer qui interroge l’identité « de femme » partant de l’expérience de femmes cis et femmes trans. Cet article n’a pas été choisi au hasard : d’une part, il interroge l’identité de genre qui marque fortement notre socialisation et d’autre part, il rappelle que la question de la non-mixité est en avant tout une question de définition de soi-même par soi-même et par les autres. Aussi, la définition d’une identité amène parfois l’exclusion d’autres personnes partageant cette identité, mais pas sa définition. L’ article d’ Arno Klek concernant son expérience dans les boites gays berlinoises se consacre quant à lui aux « exclus excluant ». D’après lui, le capitalisme et la culture mainstream a modifié les comportements au sein d’espace safe pour les rendre oppressifs alors que le public, lui-même, a longtemps été opprimé. Minorisée par différentes identités, Aïcha, en racontant le mariage de sa fille avec un belge, témoigne de son malaise avec les hommes et les personnes qui ne partagent pas ses pratiques culturelles. L’appartenance de genre et culturelle est aussi au centre d’une réflexion autour de la non-mixité au sein des cours d’Alpha-FLE rapportée par le CBAI. Son analyse répond à celle de Nadine Plateau, qui dans un entretien revient sur la mixité scolaire qui ne garantit pas l’égalité des sexes : il importe avant tout de travailler sur les rapports sociaux entre les genres.

La non-mixité, comme on l’a dit, peut également être subie. Pour approcher cette question, Toma Luntumbue rapporte son expérience au sein du MRAC (Africa Museum). Il dénonce le jeu néolibéral de la direction qui, en prenant des décisions en non mixité blanche, s’approprie le discours de ceux et celles qu’ elle stigmatise. Les impacts du passé colonial, se retrouvent aussi dans l’article de Thomas Savy et Aurélie Gill-Couture qui échangent sur les réserves autochtones au Canada.

Finalement à travers ces articles, ce numéro interroge la non-mixité comme outil politique et questionne les multiples identités qui nous façonnent – malgré leurs définitions flottantes – et qui peuvent nous faire passer du camps des dominés à celui des dominants et inversement.

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